Raphael-Delorme

 Raphaël DELORME (Caudéran (Bordeaux), 1890 – Paris, 1962)

Les styles, 1927

Huile sur toile
114,5 x 162,5 cm
Signée en bas à gauche : RAPHAËL DELORME

Exposition :
Salon National des Beaux-Arts, 1927, n° 379.

Provenance :
Paris, Collection Michel Roux Spitz / Paris, Galerie Alain Blondel.

Né à Bordeaux, Raphaël Delorme se forme à l’Ecole des Beaux-Arts auprès de Pierre-Gustave Artus et Gustave Lauriol. Grâce à eux, il devient décorateur de théâtre à Paris. Poussé par sa cousine, madame Métalier, qui le prend financièrement en charge, il se consacre à la peinture de chevalet. Cependant son œuvre de chevalet sera toujours le témoignage de son sens de la décoration théâtrale comme l’illustre notre tableau.  Il expose à de nombreux salons, Salon d’Automne, Salon National des Beaux-Arts, Salon des Tuileries mais ainsi qu’ à Tours et à Bordeaux mais ne rencontre pas réellement de succès. Il se vant ait de n’avoir jamais eu qu’un unique client le Mahradjah de Kapurtala qui possédait une villa au bois de Boulogne. Il semble qu’il ait exagéré mais qu’il n’ait jamais en effet recherché le succès et se soit attaché à peindre uniquement ce qu’il voulait d’où son œuvre à la fois personnelle et fantasque.

Notre tableau est un exemple très typique de l’art de Delorme. L’exploration des styles et des époques permet à Raphaël Delorme d’associer différents genres dans un étrange syncrétisme, légitimé par le sujet, le maniérisme des formes, le néoclassicisme des architectures et des types physiques, le surréalisme des associations et l’ambiance hésitante entre parodie et érotisme. L’aspect théâtral de la scène parfaitement composé en frise moderne rappelle la première formation de Delorme en décorateur de théâtre, lui qui « avait une réputation grande et justifiée de traceur et de perspecteur » comme le raconte son neveu Yvan le Louarn alias Chaval (1). L’aspect froid des tons et de la mise en scène  tout comme la présence des animaux évoquent aussi l’œuvre de certains de ses contemporains et amis Jean Dupas, Jean Despujols et Robert Poughéon. La géométrisation des formes, en particulier, l’aspect tubulaire de l’arbre à droite qui évoque le travail de Fernand Léger, est visible dans ses œuvres. Notre tableau peut être mis en relation avec Les Beaux-Arts de 1928: on y retrouve le même souci pour un arrière-plan architectural issu de la Renaissance, la présence des colombes – thème cher à aussi à Jean Dupas -, la présence répétée de la forme circulaire qui va du cerceau aux arabesques, des arcs architecturaux et bien sûr la nudité féminine aux formes hors normes héritées de Ingres découvert probablement à sa rétrospective de 1905, mais aussi le goût des drapés. Notre tableau est exposé deux ans après l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels modernes qui a enfin donné le nom d’Art Déco au mouvement déjà très représenté auquel appartiennent entre autres Dupas, Delorme, Jeanniot ou Poughéon. Ce style, parfaitement représenté par notre tableau, se caractérise par un retour à la rigueur classique s’inspirant des découvertes du cubisme, contre les volutes et les débordements de l’Art Nouveau.Tableau emblématique et ode à l’architecture, il n’est pas surprenant qu’il ait été acquis par Michel Roux-Spitz, architecte et prix de Rome en 1920, chantre de cet ordre classique de l’entre-deux guerres.

Ce tableau pourrait être ainsi décrypté comme une lecture des styles – de prime abord architecturaux mais pas seulement – depuis l’Antiquité grecque et nue jusqu’à la modernité, traversant, incarné par la religieuse, le Moyen-Âge et, incarnée par la jeune femme de profil, la Renaissance. Si Delorme attribue à l’Antiquité, le ciel pur et bleu, la sphère pleine et complète, ainsi que l’arbrisseau, en revanche, il donne au Moyen-Âge, les corbeaux, un ciel plus menaçant et incendiaire, et une ère dominée par la religion ici, la religieuse en prière, Notre-Dame dominatrice. Avec la Renaissance, réapparaît une architecture aérienne et légère, un raffinement libéré et féminin, tandis que les Temps Modernes ont remplacé la déesse antique par une pin-up, la sphère de l’Antique par le cube du Cubisme, l’arbrisseau par un arbre tubulaire et dense, le ciel pur par l’horloge écrasante du temps, notre nouveau dieu.

(1) « Souvenirs en vrac », Bizarre, 1966, p.6.

 

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