Nicolaï KalmakovNicolaï KALMAKOV (Nervi (Italie) 1873-Chelles 1955)

La Mort d’Adonis, 1926
Aquarelle et gouache
46 x 72 cm
Monogrammé et daté en bas à droite : 1926

Inscription au verso : Pieta (la mort d’Adonis) par Nicolaï de Kalmakof, Avril 1924

Œuvre en rapport : La Mort d’Adonis, huile sur toile, 44 x 70, collection Georges Martin du Nord.

Né d’un père russe et d’une mère italienne, Nicolaï Kalmakoff rejoignit sa patrie d’origine où il demeura jusqu’à la révolution russe. Elève de la prestigieuse Ecole Impériale de Droit de Saint-Pétersbourg, il renonça brusquement à une destinée toute tracée et repartit en Italie où, en autodidacte, il apprit la peinture fréquentant aussi assidûment les hôpitaux afin de parfaire sa connaissance de l’anatomie humaine. De retour à Saint-Pétersbourg, il s’intéressa vivement aux décorx de théâtre. C’est grâce au scandale de son premier décor (1909) qu’il bâtit sa notoriété : l’immense sexe féminin conçu pour Salomé d’Oscar Wilde, mis en scène par Evreinoff, faisait écho aux illustrations dérangeantes d’Aubry Beardsley (1894) et entraîna la suspension de toutes les représentations.

Malgré sa participation au groupe « Mir Iskousstva », aux côtés de Diaghilev, Léon Bakst et Alexandre Benois, qui exprimait la volonté d’échapper aux conceptions académiques, il s’isola de plus en plus. Fuyant la Révolution russe et abandonnant femme et enfant qu’il ne reverrait jamais, il quitta son pays et, après diverses étapes dans les marches de l’Empire, vint se fixer en France en 1924 où sa peinture se tourna davantage vers un Académisme teinté de surréalisme. Méconnu, associable et misérable, il mourut à Chelles dans une grande indifférence avant d’être redécouvert dans les années 1960.

Notre tableau est à rattache à cette période transitoire de son arrivée en France, mais, par maints aspects, il se rattache essentiellement à la production qui suit sa fuite de Saint-Pétersbourg en 1917. D’une part, la ligne sinueuse et l’usage de la transparence permettent de le rapprocher des Deux femmes et un cerf[1], d’autre part, l’obsession de soi apparaît dans la figure d’Adonis qui n’est autre qu’un autoportrait. Kalmakoff devait sans doute à son amour du monde du théâtre son amour du costume et de la transformation. Cet intérêt est à rapprocher de l’Esthétisme, concept wildien qui vise autant à une attitude (excentrique, décalée) qu’à une vision de l’art et de la vie dédiés à la beauté et au plaisir. Nous retrouvons Kalmakoff dans d’autres portraits : le Jean-Baptiste[2], le Narcisse[3] sont autant d’exercices à thème mythologique ou biblique qui lui permettent de se représenter travesti, muni d’une perruque qu’il aimait arborer même dans le vie quotidienne. Adonis, dieu de la végétation, était le fils des amours incestueuses de Myrrha et de son propre père Cinyras. Doté d’une grande beauté, il dut se partager ses faveurs entre Perséphone et Aphrodite. Il mourut tué par un sanglier, forme revêtue par Arès pour se venger de sa jalousie à l’égard d’Aphrodite. Ici, Adonis est représenté mort et auréolé.

[1] Huile sur toile, 44 x 57 cm, Bâle, collection particulière, 1925 (p. 72)

[2] Huile sur carton, 69 x 62 cm, collection particulière, 1921 (reprduit p. 25)

[3] Huile sur toile, 41 x 56 cm, collection particulière, 1922 (p. 58)

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