Maud Hunt Squire
Maud Hunt SQUIRE (Cincinnati 1873 – La Farigoule 1955)

L’Heure du thé
Huile sur toile
49 x 36 cm

Principalement produite en France, l’œuvre de Maud Hunt Squire est impossible à dissocier de sa vie privée et de son étroite collaboration avec Ethel Mars (1876-1959), sa compagne tout au long de sa vie depuis leurs débuts, leur rencontre et leur formation de peintre à Cincinnati, à l’Ecole des Beaux-Arts. Elles suivent ensemble les cours de F. Duveneck. Si l’illustration semble être la première vocation de Squire, Mars s’exerce avec succès au bois gravé en couleur, sans doute, sous la houlette d’Edna Boies Hopkins. Arrivées à Paris dans les années 1905-1906, elles ne quittent la France que, durant la première guerre mondiale, pour se réfugier à Provincetown où elles rassemblent une communauté active de graveurs qui suscite l’intérêt de la critique. Dès 1903, elles exposent notamment aux salons annuels de Cincinnati, de Chicago, Philadelphie, tandis qu’en France elles deviennent des habituées du Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts dès 1909.

Très intéressées par les recherches de leurs contemporains, elles assimilent dès le début du siècle les leçons du fauvisme qu’elles ne cessent de réinvestir aussi bien dans leurs bois gravés que dans leurs dessins et peintures. De passage à Pont-Aven vers 1906, elles gravent des bois très inspirés par les Nabis. A la même époque, elles fréquentent le cercle avant-gardiste de Gertrude Stein qui tient salon tous les samedis, 27 rue de Fleurus. Après la guerre, elles rejoignent Vence dans l’arrière-pays provençal et délaissent la gravure pour se consacrer principalement au dessin et à la peinture.

Notre huile s’inscrit dans la production de Squire du début des années 1910 : ses sujets de prédilection sont alors des scènes de café, comme, ici, à Montparnasse, haut lieu de liberté et de modernité à la veille de la première guerre mondiale. Notre oeuvre met l’accent sur les couleurs franches et le dessin faussement naïf qui rappellent la première vocation de Squire mais aussi ses bois gravés, composés sur le même thème (voir Dimanche au café (fig.1)).

De plus, les noms d’Ethel Mars et Maud Hunt Squire ne sont pas seulement associés à l’histoire de l’art mais aussi à l’histoire de la langue et de l’évolution des mœurs. Leur double portrait littéraire, Miss Furr and Miss Skeene, écrit par G. Stein en 1908 et édité en 1922 dans son recueil Geography and Plays, présente comme enjeu la répétition à outrance du mot « gay ». Certains linguistes pensent déceler ici le premier emploi de ce mot dans le sens d’homosexuel et non de joyeux. A cette époque, l’ambiguïté nouvelle du mot ne devait apparaître qu’à un tout petit nombre d’avertis.

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