Jean-Dupas

Jean Théodore DUPAS

(Bordeaux, 1882 – Paris, 1964)

La danseuse et les deux pigeons, 1919
Huile sur toile
81 x 65 cm
Signée en bas à gauche : JEAN DUPAS

Titrée et datée au dos sur le châssis

Elève à Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux de Jean-Gustave Lauriol, Jean Dupas est un camarade de Raphaël Delorme. Il obtient le Premier Grand Prix de Rome en 1910 avec Eros vainqueur du dieu Pan (1) et part à Rome en 1911 où il est rejoint par Robert Poughéon sur qui il a une très grande influence. Dans ses premiers envois de Rome apparaissent déjà les éléments spécifiques à son art : une extravagance et une stylisation classique ainsi qu’une grande virtuosité décorative faite de couleurs éclatantes posées en aplats illustrant des sujets tirés de l’antiquité. La rétrospective Ingres de 1905 au Salon d’Automne n’est pas étrangère à ces spécificités et aura une grande influence sur cette génération d’ artistes, acteurs du mouvement Art Déco. Ce sont ces mêmes caractéristiques que l’on retrouve dans notre tableau, daté au revers de 1919, tout comme dans Les Pigeons blancs (1921), tableau manifeste de l’Art Déco. Malgré sa mobilisation lors de la Première Guerre Mondiale qui l’empêche de peindre, Jean Dupas a pu continuer à s’exercer au dessin. Dès les années 1923-1924, il répond à des commandes de la Manufacture de Sèvres puis diversifie son art, travaillant ainsi pour la manufacture des Gobelins, s’exerçant à la gravure mais aussi à l’affiche. L’Exposition des Arts Décoratifs de 1925 est un immense succès pour lui, notamment grâce au tableau Les Perruches (2) et à sa grande composition La Vigne et le Vin (3) destinée au pavillon des Vins de Bordeaux. A la suite de cette exposition, les paquebots deviennent un terrain de création privilégiée pour les artistes adeptes de l’Art Déco ainsi qu’une vitrine formidable du savoir-faire et de l’art de vivre à la française : en 1926, Dupas participe avec Alfred Janniot et Jacques-Emile Ruhlmann à la décoration du paquebot Ile-De-France et dès 1935 il œuvre au chantier du Normandie où il exécute en collaboration avec Jacques-Charles Champigneulle pour le grand salon quatre cents mètres carrés de décoration sur verre églomisé auxquels s’ajoute un cinquième panneau de laque exécuté par Jean Dunand toujours d’après ses dessins. Pendant cette période il s’expatrie à New-York où il rencontre un très grand succès : preuve de sa célébrité, un de ses tableaux apparaît dans l’intérieur de l’héroïne du film Trouble in paradise d’Ernest Lubitsch (1932). Artiste-décorateur désormais célèbre, il participe en 1936 au chantier de la Bourse du travail à Bordeaux. Reçu membre de l’Académie des Beaux-Arts en 1941, il devient en 1940 le conservateur du Musée Marmottan.

Notre tableau est un témoignage d’une partie méconnue et rare de l’œuvre de Jean Dupas. Au sortir de la guerre, l’artiste, qui a rejoint la Villa Médicis courant 1919 afin d’y achever son séjour, se livre à de nombreux travaux, fruits de ses recherches amorcées à Bordeaux vers 1917-1918. Ceux-ci sont de deux ordres. On peut ainsi déterminer d’une part une série de toiles décoratives, généralement des paysages méditerranéens dans lesquels se placent des scènes de genre à l’antique (baigneuses, musiciennes, couples de jeunes femmes), et d’autre part une série de toiles aux thèmes moins hédonistes (des archers, la chasse) dans lesquels l’artiste cherche à structurer sa composition en fonction des rapports entre lignes, volumes et couleurs, en somme à construire un espace pictural rigoureux.

La Danseuse et les deux pigeons appartient à la première catégorie et l’on peut y voir certains des motifs qui font partie à cette épo que du répertoire formel de l’artiste. Ainsi l’arcature végétale que l’on retrouve fréquemment dans de petites compositions de cette époque ou bien les pigeons, emblème « dupassien » par excellence et dont le rôle est autant décoratif que symbolique.

(1) toile, Paris, Ecole nationale des Beaux-Arts

(2) toile, collection Xavier Roberts

(3) toile marouflée, 8,10 x 3,14 cm, Bordeaux, musée d’Aquitaine

vendu – sold