Jules FRANCESCHI

(Bas-sur-Aube, 1825 - Paris, 1893)

La Foi, 1864

Marbre

Signé sur le devant de la terrasse : J. FRANCESCHI

Œuvre en rapport : La Foi, modèle en plâtre, 89 x 198 cm, présenté à Paris, Salon de 1864,  Musée Saint Loup, Troyes.

Né d’un père italien mouleur et figuriste actif à Besançon, Jules Franceschi étudie d’abord dans sa région natale puis s’installe à Paris où il poursuit sa formation dans l’atelier de François Rude dès 1845.

Sa détermination à réussir – « J’y arriverai ou je crèverai » disait-il – l’amène à exposer pour la première fois au Salon de 1848, où il entre en tant que sculpteur d’histoire. Il obtient rapidement un grand nombre de commandes officielles pour des monuments parisiens, parmi lesquels la Gare du Nord, le Palais du Louvre, l’église Saint Sulpice, le Palais Royal ou encore l’Opéra et l’Hôtel de Ville.

Au Salon, il présente des œuvres ambitieuses comme Le Reveil, ou Andromède, qu’il taille de ses mains faute de pouvoir rémunérer des praticiens. Présentée en 1859, cette dernière est très appréciée par Baudelaire qui qualifie Franceschi d’« auteur moderne ». Une autre œuvre consacrée par la critique de l’époque contribue à établir la notoriété de l’artiste, de plus en plus sollicité pour des commandes publiques et privées. Il s’agit de la statue funéraire de Kamienski, jeune soldat d’origine polonaise tué à la bataille de Magenta, encore aujourd’hui visible au cimetière de Montmartre.

Viennent couronner sa carrière de sculpteur officiel les médailles obtenues en 186l, 1864 et 1869. Il est enfin nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1874.

Il abandonne alors progressivement la sculpture d’histoire pour se consacrer principalement au portrait à partir de 1870. Bien introduit dans la société mondaine et artistique de l’époque, le sculpteur prend pour modèle les membres de son entourage prestigieux, comme le peintre Edouard Dubufe, l’écrivain Henri de Régnier, ou le musicien Charles Gounod.

Ses œuvres sont conservées dans de nombreux musées dont ceux d’Amiens, Besançon, Nîmes, Paris (Comédie Française), Reims et notamment à Troyes, dans sa région d’origine.

 

Jules Franceschi réalise le modèle en plâtre de notre sculpture, La Foi, pour le monument de la famille Michel Tyszkiewicz, en Pologne.

Michel Tyszkiewicz était un des plus grands collectionneurs de la seconde moitié du 19ème  siècle. Il s’est fait connaître en France et dans le monde entier lors de sa donation de cent quatre-vingt seize antiquités égyptiennes  au Musée du Louvre au retour de son voyage en Nubie en 1862. Il s’installe entre la France et l’Italie à partir de cette année là et mène des fouilles en Egypte et aux alentours de Rome. Homme respecté et internationalement reconnu pour sa générosité, il est considéré comme « l’acheteur le plus passionné et le plus prodigue d’objets antiques »[1]et d’art de son époque, ce qui l’a très probablement amené à faire la connaissance de Franceschi, alors l’un des artistes français les plus en vogue.

Le plâtre pour le monument, exposé au Salon de 1864 et à l’Exposition Universelle de 1867, est acquis par le ministre de la Maison de l’empereur et des Beaux-Arts l’année de son exposition au Salon, puis il est accordé en 1868 au Musée de Troyes où il se trouve encore aujourd’hui.

Notre sculpture date de la période de production la plus intense de l’artiste. C’est le moment où il réalise ses compositions les plus ambitieuses et où son succès est récompensé par de nombreuses médailles. Le modèle en plâtre de La Foi est sûrement l’une des œuvres les plus reconnues et appréciées de Franceschi, l’une de celles qui a eu le plus d’influence sur l’évolution de sa carrière.

La version présentée au Salon mesurait presque deux mètres de long, nous pouvons donc facilement imaginer la commande privée qu’aurait reçu l’artiste pour notre modèle de taille réduite, en marbre. La croix que porte la version du Salon est ici remplacée par une palme, probablement à la demande du commanditaire qui devait préférer la subtilité de ce symbole, plus adapté à la décoration d’un intérieur que le précédent.

Par ailleurs, nous ne savons pas si le monument pour la famille Tyszkiewicz a finalement été réalisé, il est donc également possible que le commanditaire ait demandé une version réduite et modifiée de la sculpture originale pour sa collection privée.

 

[1]Wilhelm Froehner, Préface au catalogue de la vente de la Collection Tyszkiewicz, Paris 1898.