Elisabeth SONREL

(Tours, 1874 - Sceaux, 1953)

Les Rameaux, 1897

Huile sur toile

55 x 105 cm

Signée et datée en bas à gauche

Largement oubliée aujourd’hui, Elisabeth Sonrel fut pourtant dès le début de sa carrière une des artistes symbolistes les plus en vue de sa génération. Issue d’une famille bourgeoise de Tours, son père Stéphane Sonrel médecin mais aussi peintre à ses heures ainsi que son oncle aquarelliste amateur lui inculquèrent en premier lieu le goût de la peinture. Les Beaux-Arts ayant été fermés aux femmes jusqu’en 1897, c’est au sein de l’Académie Jullian et auprès de Jules Lefebvre qu’Elisabeth poursuivit sa formation.

Malgré les difficultés que son statut de femme (et encore plus de femme non mariée) lui imposèrent, Sonrel parvint rapidement à s’imposer sur la scène artistique de son temps et elle exposa au Salon des artistes français de 1893 à 1941. Elle obtint notamment la médaille de bronze de l’Exposition universelle de 1900, le prix Henri Lehmann, et des expositions dédiées à son œuvre furent organisées à Mulhouse et à Liverpool.

Son œuvre se caractérise par la représentation quasiment exclusive de personnages féminins, qu’il s’agisse de portraits, d’héroïnes médiévales ou de saintes. Le mysticisme empreint également l’œuvre de Sonrel, qu’il soit plutôt calme intériorisé comme dans Les Rameaux, ou plus sombre et agité comme dans Les Esprits de l’abîme. Les sujets chrétiens étaient chers à la peintre, mais encore une fois la présence féminine domine et occulte même tout aspect masculin (cela est particulièrement évident dans son Missel des Saintes Femmes de France, 1900, à résonnances saint-sulpiciennes).

Ce tableau ne déroge ainsi pas à la règle et évoque le Dimanche des Rameaux, qui ouvre la Semaine sainte. Cette fête qui se tient en mars ou en avril commémore l’Entrée du christ à Jérusalem où il fut acclamé par les habitants avec des palmes et les rameaux symbolisent la vie éternelle. Deux femmes en coiffes et habits médiévaux y sont représentées priant, la plus jeune à droite les mains jointes et le regard dans le vague tandis que la plus âgée à gauche fixe un livre liturgique et tient les rameaux qui donnèrent son titre à l’œuvre.

Le cadre en chêne néo-Renaissance, d’origine, contribue également à une certaine nostalgie du Moyen Âge et de la Renaissance dans les arts du XIXe siècle. L’esprit symboliste des années 1890 est perceptible dans cette œuvre et la composition semble évoquer les tableaux d’Edgar Maxence, peuplés de jeunes femmes au regard vague et à l’air méditatif.

De par toutes ses qualités, Les Rameaux constitue probablement le plus grand chef-d’œuvre de Sonrel et illustre parfaitement tout le talent, toute la grâce et la poésie mystique de la peintre. Le tableau, dont l’existence était attestée par des archives textuelles et des photographies d’époque, n’a que très récemment été retrouvé, ce qui rend l’œuvre d’autant plus exceptionnelle.