Bernard BOUTET DE MONVEL

( Paris, 1881 - Les Açores, 1949 )
William Street (district of Wall Street), 1930

Mine de plomb sur papier fort

43 x 19 cm

Monogrammé en bas à gauche

VENDU / SOLD

Littérature : Stéphane-Jacques Addade, Bernard Boutet de Monvel, Editions de l’Amateur, 2001, page 229

 

            Peintre, décorateur et dessinateur à la réputation déjà solidement établie outre-atlantique, tant pour l’indéfectible intérêt que les américains portaient aux œuvres de son père, le peintre et illustrateur Maurice Boutet de Monvel (1850 – 1913) que pour les pleines pages qu’il livrait en exclusivité au Magazine Harper’s Bazar – avec lequel il fut sous contrat de 1925 à 1929 et de 1931 à 1933 – Bernard Boutet de Monvel découvrit New York en 1926, tandis que la très prestigieuse galerie Anderson organisait une importante rétrospective de son œuvre peinte et de ses décorations. Il ne rentra à Paris six mois plus tard, qu’avec le regret – ayant été assailli de commandes de portraits par la café-society dont il était devenu la coqueluche – de n’avoir pu travailler davantage aux paysages urbains que lui inspirait la métropole futuriste, paysage qu’il avait néanmoins photographié, afin de garder une trace de leur composition et la lumière la plus appropriée, lors de ses promenades répétées à la découverte de Manhattan. Ainsi chaque photographie fut-elle archivée, dans l’attende d’un peu de temps livre, avec, inscrit au dos, l’indication de l’heure à laquelle le cliché fut réalisé ; pour cette vue de William Street « 10h1/2 ».

Le krach boursier de 1929, qui se produisit tandis que Bernard Boutet de Monvel se rendait pour la troisième fois à New York, offrit au peintre, de manière inattendue et, finalement fort opportune, le temps libre auquel il aspirait tant, la plupart de ses clients ayant suspendu sine die leur commande de portrait en attendant des jours meilleurs. Bernard Boutet de Monvel, que La renaissance de l’Art français qualifiait dans un important article lui étant consacré de « peintre de la ligne », et que rien ne préoccupait effectivement davantage, avec le refus de la surcharge, de l’ornement inutile, que la rigueur géométrique des compositions et la pureté épurée de la droite, voyait partout dans New York, pour reprendre sa propre expression, « la ligne rendue à la vie ».

Vu à travers un cadrage étroit renforçant le dynamisme et le graphisme des façades de William Street, dans le district de Wall Street – cadrage qui n’est pas sans rappeler celui adopté en 1934 par Berenice Abbott (1898-1991) lorsqu’elle photographia, à deux pas de là, la place de La bourse vue de Broadway – ce dessin illustre parfaitement les recherches esthétiques de Bernard Boutet de Monvel, dont on connaît par ailleurs de cette même vue une étude à l’huile non signée et laissée à l’état d’ébauche, que conserve aujourd’hui le musée départemental de Beauvais (…).

Ce thème de modernité froide d’une ville déshumanisée qui se reflète à l’infinie dans ses façades démesurément étirées – on notera que l’étude à l’huile de cette vue fut exécutée dans un jeu de marron glacé et de gris acier – auquel fait heureusement écho ce goût pour la perfection quasi photographique d’un dessin dans lequel on ne perçoit plus de la technique employée, de la main du maître, que les quelques droites nécessaires à en souligner l’architecture, n’est pas sans évoquer les préoccupations modernistes du mouvement précisionniste, et tout particulièrement de son chef de file, Charles Sheeler, qui, comme Bernard Boutet de Monvel à la même époque, jouait dans ses compositions travaillées à partir de clichés photographiques, d’un objectivité formelle toute d’apparence.

Des dessins de Bernard Boutet de Monvel montrant New York sont aujourd’hui conservées dans les collections du Musée national d’Art moderne à Paris et au Musée de la coopération franco-américaine de Blérancourt.

 

Stéphane-Jacques Addade