Emile DERRE

(Paris, 1867 - Nice, 1938)
L’Ame des vieilles pierres, 1895

Grès au sel, Janin & Guériveau Paris
55 x 35 cm
Signé et daté en bas à gauche : DERRE / 1895 – Cachets de l’atelier au dos

Expositions :
Salon de 1895, n°3029, mention honorable, sous le titre : Fragment en pierre d’un pilier de portrait pour une ancienne abbaye ; – XVe siècle.
Exposition Internationale Universelle de 1900, n°201

Vendu / Sold

Plus connu pour ses sculptures ornementales pour des immeubles parisiens 1900, Emile Derré reste à redécouvrir. Artiste engagé pour un art fraternel et largement humain on lui doit une statue en bronze de Charles Fourier, ainsi que le buste de Louise Michel qui orne sa tombe en 1905. On retrouvera l’effigie de celle-ci avec celles d’Elisée Reclus et d’Auguste Blanqui sur Le chapiteau des baisers installé d’abord au Luxembourg1. Ironie de l’histoire, son buste en bronze d’Emile Zola2 sera coulé grâce à la fonte des cloches d’une église démolie en 1906.

Alors qu’elle est datée de 1895 et exposée une première fois au Salon de cette même année, Derré présente à nouveau cette figure de veille femme tendant la main à l’Exposition Universelle de 1900 sous le titre de L’Ame des vieilles pierres. Les archives de ses écrits montrent que le 23 mai 1895, l’artiste adresse au Ministre une demande d’achat sur cette sculpture qui lui vaut la troisième médaille. Réalisée par « Les frères Janin et Guériveau » il n’est pas étonnant que cette œuvre fasse partie d’un ensemble décoratif architectural (comme l’atteste le titre du premier salon : Fragment en pierre d’un pilier de portrait pour une ancienne abbaye ; – XVe siècle), puisque, installés à Paris et travaillant à la suite d’Emile Müller, les céramistes étaient réputés pour leurs ouvrages monumentaux en grès.

Cette femme qui tend la main, représentée dans une sorte de niche entourée de chardons, toute emprunte de mélancolie, présente cette tristesse gracieuse typique du talent de Derré. On retrouve les mêmes échos symbolistes et l’emploi des éléments végétaux dans les reliefs de l’immeuble de Théo Petit, 1904 (fig.1). Soucieux d’un travail harmonieux, il ne se contente pas de soigner le sujet mais s’occupe aussi du choix de la matière. Ce grès, brut, monochrome, avec une simple couverte brune de cendres et au sel s’accorde parfaitement avec l’esprit de l’œuvre.