Paul Wayland BARTLETT

(New Haven, 1865 – Paris, 1925)
Adam accroupi, 1896

Bronze à patine noire
23,5 x 18 x 24 cm
Traces de signature

Oeuvres en rappport :

Plusieurs versions désignées par des titres différents :

Adam accroupi, 1896, plâtre, 23 x 19 x 24 cm, signé et daté, Academy of Fine Arts, Philadelphie

Adam, 1896, bronze, 23,5 x 18 x 24 cm, signé et daté, cachet du fondeur CFA Paris, collection particulière, Paris

Homme accroupi, 1896, bronze, 23,5 x 18 x 24 cm, Musée d’Orsay, Paris

Adam, bronze, 23 x 19 x 24 cm, Corcoran Gallery of Art, Washington D.C.

Study, bronze, 23 x 19 x 24 cm, atelier de A. V. Hyatt Huntington, Book Green Gardens Murrells Inlet, South Carolina

Sorrow, bronze, 23 x 19 x 24 cm, Washington County Museum of Fine Arts, Hagerstown

– Seated male nude, bronze, 23 x 19 x 24 cm, Westmoreland County museum of Art, Greensburg, Pennsylvania

Formé d’abord par son père Truman Bartlett, professeur de sculpture au Massachussetts Institute of Technology à Boston, qui, en 1889, publie une série de dix articles illustrés d’interviews d’Auguste Rodin, dans The American Architect and Building News, P.-W. Bartlett débarque ensuite à Paris en 1874. A l’âge de 15 ans à peine, il participe au Salon de 1880 avec un buste de sa grand-mère[1]. En 1889, à l’âge de 24 ans, il se retrouve naturellement et avec précocité hors-concours et membre du jury du Salon. Entre temps, il a déjà sculpté quelques uns de ses plus grands chefs-d’œuvre grâce à l’apprentissage reçu chez un des maîtres de son époque, Emmanuel Frémiet.

En effet, officiellement élève du sculpteur Pierre-Jules Cavelier à l’Ecole des Beaux-Arts, c’est auprès du sculpteur animalier Frémiet qui dispense alors ses cours au Jardin des Plantes que Bartlett acquiert la maîtrise de la technique de la sculpture, la connaissance et le goût d’une spécialité –la sculpture animalière- qui lui assure très vite son succès. Assistant d’Auguste Rodin dans les années 1890, il complète sa formation auprès de Jean Carriès qui l’initie à la fonte à la cire perdue et aux secrets de certains alliages spectaculaires. Il se passionne tant pour ces expérimentations chimiques qu’il constitue sa propre fonderie en 1892 et entreprend de fondre ses propres bronzes, notamment une série de petits animaux aux patines iridescentes, exposés à Paris en 1895, qui provoquent l’admiration de ses confrères. Il incarne l’artiste moderne qui aime accompagner sa création de la conception idéelle à sa réalisation concrète. Ses œuvres les plus célèbres sont The Ghost Dance[2] exposé à la World’s Columbian Exposition de Chicago et Eleveur d’ours, 1887[3], récompensé au Salon. En France, il est particulièrement reconnu pour avoir conçu la statue équestre du Général La Fayette (fig. 1), offerte par les enfants américains à la France en remerciement de la Statue de La Liberté de Bartholdi. Il accumule tout au long de sa vie maintes distinctions qui récompensent sa carrière des deux côtés de l’Atlantique : à Paris, hors-concours à l’Exposition Universelle de 1900, il est fait Commandeur de la Légion d’Honneur en 1924 ; à New York, il est élu académicien de l’Académie Nationale de Dessin et Président de la Société Nationale de Sculpture

Tirage en bronze d’un plâtre conservé à Philadelphie[4], composé à l’occasion d’une commande passée en 1895 par The Academy of Fine Arts en vue de leur 66ème exposition annuelle, notre sculpture synthétise avec justesse les deux grandes influences de l’œuvre de Bartlett. L’original en plâtre d’Adam accroupi est alors accompagné d’une statue d’Adam debout aujourd’hui détruite. L’influence de Rodin est visible dans le traitement iconographique de la figure d’Adam : la tête dans les genoux, l’attitude resserrée personnifie la tristesse[5] et la douleur. Il s’agit bien d’Adam après la chute du Paradis. Il incarne la déchéance de l’humanité désormais contrainte au désir et à la mort, sources de tristesse et de solitude. A juste titre, ce bronze peut être comparé à deux figures de Rodin conçues pour la porte des Enfers : Le Penseur[6] et La Femme accroupie[7]. Du premier, il reprend la pose mélancolique et la taille imposante des mains et des pieds ; de la deuxième, il retravaille la position des bras sur le genou et son expression douloureuse.

 

Le premier tirage d’Adam accroupi, fondu par Bartlett lui-même, est inclus dans un groupe de petits bronzes qui reçoit une médaille d’or à l’exposition Pan-Américaine de Buffalo en 1901, le Grand Prix de Saint Louis en 1904. Ces statues sont finalement exposées à Philadelphie en 1905 à l’Academy of Fine Arts. Comme l’indiquent les arêtes non ébarbées, entre les jambes, telles que Rodin les laissait, notre tirage est peut-être posthume comme deux des exemplaires américains et dérive certainement comme le tirage du musée d’Orsay de l’exemplaire personnel de Bartlett, seul marqué du cachet de fondeur et conservé dans une collection parisienne.

 

[1] Vieille femme, plâtre, 60 x 35 cm, non localisée.

[2] Bronze, 171 x 97 x 152 cm, Smithsonian American Art Museum, Washington D.C.

[3] Voir une version en bronze, 177 x 84 x 116 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.

[4] Donné par P. W. Bartlett à l’Academy of Fine Arts en 1897.

[5] Un autre tirage de notre bronze est d’ailleurs titré Sorrow dans une collection américaine.

[6] Le Penseur, modelé entre 1880 et 1882, voir l’exemplaire en bronze de l’hôtel Biron, musée Rodin, Paris.

[7] La Femme accroupie, vers 1880-1882, bronze, 85 cm, Neue Pinakothek, Münich.