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René GILBERT

(Paris, 1858 – Paris, 1914)
Portrait de Verlaine, 1894

Pastel sur papier marouflé sur toile
46 x 37 cm
Monogrammé et daté en bas à droite : R.G 94

 

Le nombre de portraits connus de Paul Verlaine montre autant son importance et sa célébrité au cœur de la société de son temps, que ses liens évidents avec le milieu des peintres. N’est-il pas auprès d’Arthur Rimbaud, la figure « angulaire » du célèbre tableau de Fantin-Latour, Coin de table (1) ?

Son œuvre poétique est elle-même liée directement à la peinture comme son recueil intitulé Fêtes Galantes (1869) en référence évidente au tableau de Watteau l’illustre sans ambiguïté  – faut-il même citer « Cythère », allusion au chef-d’œuvre de Watteau, tableau éponyme d’un nouveau genre créé en 1717 ? Les liens sont tissés, réciproques et jamais désavoués entre Verlaine et la peinture. Tout au long de sa vie, les peintres s’attachent à lui rendre hommage. Notre tableau daté de 1894 – deux ans avant sa mort – est à mettre en relation avec les nombreuses effigies de la fin de sa vie qui le montrent tel un patriarche de la poésie. Si le portrait de Verlaine de l’hôpital Broussais (2) d’Edmond Aman-Jean montre un Verlaine encore jeune mais déjà rongé par la maladie, illustrant ainsi l’intimité des deux hommes, en revanche notre tableau laisse le soin de brosser, sur un fond en réserve très typique de l’œuvre de René Gilbert, le portrait de l’auteur de l’ « Art poétique » (1874) au profil imposant de figure éminente, en effet cette année-là, il est couronné « Prince des Poètes ». Célébré au Salon à partir de 1884, René Gilbert, auteur de la célèbre Odalisque (3), est l’un des peintres préférés des Rothschild et ainsi, grâce à eux, conquiert une riche clientèle. Mais il sait aussi s’éloigner du milieu très bourgeois de son temps et aime à brosser les personnalités artistiques marquantes, citons pour exemple, le Portrait de l’écrivain, critique et inspecteur des beaux arts, Ernest Chesneau (4) ou le célèbre Portrait de la Comédienne, Caroline-Eugénie Weber (5). Sa participation à l’Exposition des portraits des écrivains et journalistes du siècle (1793 – 1893) en 1893 à la galerie Georges Petit est un témoignage supplémentaire de son grand intérêt pour le microcosme littéraire. Plus largement, l’œuvre de René Gilbert est tournée vers les métiers de l’art : ses tableaux comme Un aquafortiste (6) (exposé au Salon de 1889) ou L’atelier de teinture à la Manufacture des Gobelins (7) ainsi que Le repriseur de tapisserie (8).

Notre pastel s’insère parfaitement dans la chronologie possible d’une iconographie à reconstituer d’un de nos poètes emblématiques depuis le portrait de Frédéric Bazille en passant par l’étrange portrait de Rodo (9) jusqu’à l’iconographie posthume entretenue par les expressionnistes comme Natalia Gontcharova (10) ou dans l’obsession récurrente de Georges Rouault (voir les divers portraits, notamment une version de Verlaine à la Vierge (11)).

(1) toile, 160 x 225 cm, Paris, musée d’Orsay

(2) toile, 1892, 125,5 x 70 cm, Metz, musée de beaux-arts

(3) pastel, 103 x 178 cm, 1893

(4) pastel, 55 x 45,5 cm, Paris, musée d’Orsay

(5) pastel, 163 x 107,5 cm, Versailles, musée des châteaux de Versailles et de Trianon

(6) Paris, Ecole des Beaux-Arts

(7) pastel, 165 x 240 cm, Paris, Palais du Luxembourg

(8) toile, 1868, 45 x 38 cm, Dallas, Museum of Art

(9) plâtre, vers 1892, 24 x 12 x 13 cm, Paris, musée d’Orsay

(10) toile, 99 x 78 cm, 1909, Strasbourg, musée d’art moderne et contemporain

(11) papier, 1929, 52,5 x 36,5 cm, Paris, Centre Georges Pompidou