Mathieu ROSIANU

(Bucarest, 1897 – Paris, 1969)
Deux personnages dans une ville, vers 1929

Huile sur panneau
41 x 33 cm
Au dos : Personnages et balises, vers 1928-30

Vendu / Sold

Mathieu Rosianu, peintre à la veine humaniste, a voulu mettre l’art au service du peuple, faire de la peinture une arme de combat. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les années précédant l’avènement du Front Populaire sont parmi les plus actives de sa vie.

Né en 1897 à Bucarest, Mathei ( Mathieu ) Rosianu s’installe dès 1918 à Paris et entame une formation artistique à l’Ecole Nationale des Beaux Arts et à l’Ecole des Arts Décoratifs. Mais d’avantage que ses études, c’est l’exemple de Cézanne qui semble avoir été pour lui déterminant. En effet, on retrouve dans ses premières œuvres l’affirmation des volumes, un goût marqué pour les formes stables, le choix des motifs puissamment éclairés. Rosianu partage alors, avec nombre de jeunes artistes de l’après-guerre, ce besoin de réinvestir la réalité, dont se sont éloignés les tendances les plus extrêmes de l’art avant-gardiste.

On compte aussi parmi ses influences déterminantes Roger Bissière, qui est à l’époque présenté par la critique comme le professeur de Rosianu : ses qualités de stabilité et de dépouillement hérités du cubisme, sa peinture sensible aux charmes d’un quotidien discret et rassurant vont confirmer Rosianu dans cette voie propre à exprimer les valeurs de la terre. Plusieurs de ses œuvres en témoigne en 1926.

C’est à compter de cette période que Rosianu apparaît comme l’un des rares équivalents, pour la peinture, d’une « littérature prolétarienne » qui s’attache à rendre compte de la dignité des classes populaires au delà de leur condition. Ainsi, dès 1927, on retrouve chez Rosianu les figures d’ouvriers au travail ou en famille.

Les années 1929-1930 seront pour lui celles du début de l’engagement politique auprès du Parti Communiste, où il fréquente des artistes comme Jean Hélion, ou le franco-argentin Gustave Cochet. Les débats passionnés que mène le Parti sur le rôle social de l’art vont progressivement l’amener à s’associer à l’Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires ( AEAR ), aux côtés de Paul Vaillant-Couturier, Lurçat, Pignon…

Il infléchit alors à nouveau sa manière pour aller vers un style associant une forme de purisme ( parfois teinté d’onirisme ) au lyrisme des sujets appelant à la révolution sociale, et diversifie ses interventions incisives en concevant des couvertures pour des livres, des revues mais également des affiches et projets de décoration murale.

Mais surtout il parvient, en 1934, à fédérer les artistes de l’AEAR au sein d’une exposition manifester, « L’Exposition des Artistes Révolutionnaires », réunissant autour de Léger, Lipchitz, Pignon, les tenants les plus fermes de l’art engagé. Il proclame alors « qu’à une idéologie révolutionnaire ne sauraient correspondre des moyens d’expression périmés ».

Propulsé en première ligne, il décide brutalement en 1935,  pour une raison que l’on ignore, de se mettre en retrait. Il s’installe alors pour subsister, un atelier de création de papier peints sous le pseudonyme d’Emile Arbor, et c’est sous ce nom qu’il sera distingué d’un Grand Prix pour sa participation à l’Exposition Internationale de Paris.

Marqué par la guerre dans laquelle il fut mobilisé, retranché dans un isolement difficilement assumé, ses œuvres riches en couleurs s’affirment comme l’expression d’une solitude existentielle, dont émane ce désir de reconquérir une réalité.